Le calame des lutins, des elfes et des fées

Le calame des lutins, des elfes et des fées

Des chemins de traverse - 1ère partie-chapitre 3 - Les Forges

Des chemins de traverse – première partie, chapitre 3 : naissance d’une ambition industrielle aux Forges de Paimpont.

 

Le contexte : Ludovic Halgalande, père de Gouéno (cf. extraits précédents) et fermier en pays Gallo (Haute-Bretagne), a décidé de quitter le monde agricole pour rejoindre le monde industriel. Fin août 1928, il attèle Gamine (jument postier breton) à sa carriole et se rend aux Forges de Paimpont pour un rendez-vous, avant une éventuelle embauche, avec Yvon Gaubaroi, le contremaître de l’atelier Albert Edet, construction mécanique et agricole, implanté sur l’ancien site industriel des Forges de Paimpont.

 

Note : le site des Forges de Paimpont est admirablement bien restauré, même s'il reste à réaliser un certain nombre de travaux (https://forgesdepaimpont.fr/Histoire).

 

 

 

Les Forges

 

 

Un peu plus d’une heure plus tard, Yvon alla chercher Ludovic, qui discutait avec un employé.

« Tu es venu comment ?

— Avec ma jument et ma carriole. Je les ai remisées devant la petite église.

— Passons les chercher et allons jusque chez moi : nous y mangerons rapidement, car j’ai du travail ! »

Ils attelèrent à nouveau Gamine à la carriole et partirent chez Yvon. Après avoir repris en sens inverse le chemin sur la digue, ils tournèrent à droite, juste à l’aplomb des anciens hauts-fourneaux et pénétrèrent dans la petite propriété d’Yvon. Celle-ci occupait tout le terrain, pentu, entre un hôtel-restaurant et le site industriel. L’on y entrait en poussant un vieux portail de bois adossé à droite à une murette de schistes et, à gauche, à une petite bâtisse prolongée d’une sorte de soue à cochons. Depuis cette petite bâtisse et sur le côté gauche en entrant, un mur de vieilles pierres soutenait le terrain et délimitait un espace plat faisant office d’esplanade et menant jusqu’à la maison.

 

Sitôt descendu de la carriole, Yvon laissa Ludovic découvrir le paysage :

« Dételle ta jument et conduis-la dans le jardin, derrière la maison ; viens me rejoindre dès que tu auras fini de faire le tour de ce magnifique horizon ».

Il monta rapidement l’escalier qui menait à l’entrée et s’activa à la préparation du repas.

 

D’emblée, Ludovic fut séduit par l’ensemble de la propriété : beaucoup d’espace, à gauche une grande étendue herbeuse, à droite, toujours en entrant dans la propriété, le terrain continuait à descendre vers l’ensemble des bâtiments industriels.

 

Au milieu de la parcelle, la maison, assez massive et bien accrochée. Au fond du lopin, de grands arbres fermaient l’horizon.

 

La vue était vraiment superbe. L’ensemble du site occupait le fond plat d’une petite vallée sise en contrebas de la digue, à une bonne dizaine de mètres en dessous du niveau supérieur de celle-ci.

 

La maison d’Yvon était une belle demeure, toute en pierres de schiste jointoyées à la chaux. Construite à flanc de coteau, sa façade aval se composait, au rez-de-jardin, de deux portes en bois, permettant sans doute d’accéder à une cave et un cellier ; elles encadraient un escalier à un quart tournant tout en pierre, y compris les mains courantes, d’une allure assez lourde.

Cet escalier débouchait sur un petit perron, à l’étage principal ; une large porte d’entrée encadrée de deux grandes fenêtres.

Au dernier étage, trois fenêtres.

Une couverture en ardoises encastrée entre deux cheminées construites à l’aplomb des deux murs pignons.

Architecture belle, sobre, presque virile par son allure de vaisseau amiral, à la symétrie évidente et paisible. Une sorte de syncope, une légère rupture de continuité adoucissait le caractère un peu austère de cette symétrie : les linteaux des ouvertures à gauche et au centre étaient constitués de voussures de schistes rouges alors que ceux des ouvertures de droite étaient construits à l’aide de poutres en bois.

 

Tirant Gamine par sa longe, Ludovic fit le tour de la maison par la droite et accéda à la partie amont du jardin. Deux portes-fenêtres au premier niveau, trois fenêtres au deuxième, dont celle du milieu plus allongée que les deux autres.

Le jardin montait en pente régulière vers la route. L’hôtel-restaurant, avec son impressionnante façade et le grand mur de soutènement de son jardin, imposait sa présence là-haut, juste de l’autre côté de la route. Un petit portail, tout en haut du jardin d’Yvon et sur la droite, permettait d’accéder à l’hôtel, par un petit pont de pierre qui enjambait le grand fossé. Après s’être assuré que le passage était clos, il laissa Gamine brouter tranquillement.

Ludovic estima la superficie de la propriété à une trentaine d’ares environ. Elle constituait un très bel ensemble. Il ne put s’empêcher de rêver à ce qu’il pourrait en faire…

 

Il revint sur le devant de la maison et promena à nouveau son regard sur ce magnifique ensemble :

« Quel point d’observation idéal ! D’ici, je peux voir tout ce qui se passe à l’extérieur des bâtiments, tout surveiller, noter les relations entre les individus, leurs allées et venues, leurs complicités, leurs évitements. Quelle maîtrise, quelle puissance ! Pouvoir réaliser ce dont je rêve depuis si longtemps ! En fait, la maison du Maître de Forges, c’est bien celle-ci et non celle d’en bas, là-bas, accolée aux maisons des ouvriers… Allons, du calme ! Et, comme on dit si bien, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué… »



Ayant fini de préparer la tablée, Yvon cria :

« Viens me rejoindre sur le perron ! Regarde derrière la jetée, l’étang des Forges : tu peux remarquer qu’il est allongé en forme de botte dont la pointe semble désigner, tout au fond, ce petit château qu’on appelle le Pavillon des Forges. Et juste en face de nous, entre les arbres, tu peux apercevoir le château des Forges, derrière le site industriel. »

 

La beauté du plan d’eau dans lequel se miraient peupliers, résineux, chênes, charmes et bouleaux contrastait avec l’agitation manufacturière qui régnait en contrebas de la digue.

 

« Et là, au pied de ma propriété, un large chemin, séparant en deux l’ensemble du site, prolonge la grande courbe descendante et court jusqu’à la route qui vient de l’étang et dessert l’église. À droite de ce chemin, tu peux voir un bâtiment d’entreposage juste sous l’esplanade de la maison et, au pied du barrage, les anciens hauts-fourneaux, les deux hangars des ateliers mécaniques qui furent construits en lieu et place de l’ancien bocard et de l’ancienne affinerie puis, en continuant le long du pied de la digue, on voit très bien l’imposante demeure du Maître de Forges, suivie des maisonnettes des ouvriers.

« Tout au bout, tu peux apercevoir le ruisseau de la Moutte, déversoir naturel de l’étang des Forges : il serpente ensuite vers le sud, vers les Forges d’En Bas, le Brûlis des Forges et le Pont du Secret. Derrière la route, l’ancienne chapelle à l’architecture si originale, quasiment accolée à la belle maison du Garde. En face des logements, sur la partie gauche du site, d’autres maisons, des remises, des écuries puis, en revenant vers ma maison, un bâtiment longiligne, très délabré : c’est l’ancien laminoir. Et enfin, au plus près, la fonderie. Le site devait être très impressionnant à observer lorsqu’il était en pleine activité, vers le milieu du siècle précédent !

« L’hôtel-restaurant que tu as pu voir derrière la maison et au-dessus du jardin est en fait l’ancienne cantine des Forges. C’est là que nous mangerons tous les deux ce soir ; tu verras, la cuisine est excellente et l’accueil très agréable.

« Et maintenant, à table ! »

Ludovic ne put s’empêcher de jeter un dernier coup d’œil vers le panorama, un indéfinissable sourire aux lèvres, mélange de joie, d’ambition, de contentement de soi.



Note : le restaurant des Forges est toujours en activité, l’accueil y est très agréable, le site a beaucoup de charme avec une très belle vue sur les bâtiments et l’étang des Forges, la cuisine est excellente. J’y ai déjeuné en août 2020 (https://forges-de-paimpont.com/).

IMG_4787Vue du restaurant sur le site des Forges de Paimpont : le grand bâtiment (à côté du barnum) est l'ancien laminoir, complètement restauré.

 

 

IMG_4786Vue du restaurant sur l'étang des Forges : le site est à gauche de la route qui longe l'étang sur la digue.

 

 

 

IMG_4793Les anciennes fonderies, dont la restauration a débuté en 2020

 

 

 

IMG_4776Le restaurant des Forges de Paimpont en août 2020.

 

 

 

IMG_4782L'ancien hôtel Peurichard (photographie datant sans doute du premier quart du XXe siècle) devenu Restaurant des Forges.

 

 

IMG_4788La  cheminée de la grande salle du restaurant

 

 

 

Toutes les photographies ont été prises par l'auteur en août 2020, y compris celle de la photographie encadrée de l'hôtel Peurichard.



13/01/2021
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