Le calame des lutins, des elfes et des fées

Le calame des lutins, des elfes et des fées

Les gens qui doutent - Anne Sylvestre

 
 
J'aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer

J'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent
Capables de juger
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons


J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas "comme il faut"
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire :
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

 

J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme
Et daltoniens de l'âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'histoire
Leur rende les honneurs

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui doutent

Mais voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps
 

Qu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie
Qu'on leur dise, on leur crie :
"Merci d'avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu"
 
 
 
Paroles tirées du site  https://www.paroles.net/ et en vidéo

17/07/2020
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Et après ?

Avant… pendant...après…





En guise d’introduction :

Le destin



La vie est restée longtemps, longtemps

à la porte



Elle a frappé doucement

si doucement

sans écho

sans réponse

vainement



Elle a fait chanter délicatement

le carillon des rêves adolescents

vibrer sourdement

l'horizon esquissé du destin



sans écho

sans réponse

vainement





Avant, c’était il y a longtemps, très longtemps, avant février 2020, le Désir enflammait la vie, le Désir emportait tout, le Désir brûlait tout et la vie fondait sous l’ardeur du Désir ; la banquise et l’Australie, la forêt amazonienne et la côte ouest des États-Unis d’Amérique. Avant, le sir rougeoyait à l’ombre des bottes de foin, dans le pré asséché du Progrès. Avant, le Désir illuminait, éclat d’or, la face terreuse de l’humanité — l’Homme, Maître de l’univers.



Et, pendant l’explosion planétaire du Coït-Originel-Viral-Infinitésimal-Dévastateur, dans le silence retrouvé des dix-neuf mégalopoles, dans la nature ressuscitée à l’assaut des jardins bien astiqués, des villes bien bétonnées, le peuple du monde a commencé à percevoir la face cachée du Désir d’avant, une soudaine évanescence pendant le grand coït et, sitôt après, l’ombre inquiétante du Devenir : « Avant, c’était avant », clamèrent les contempteurs bien pensants étonnamment sortis de leurs rêves par la peur de la Grande Faucheuse. Le coït, c’est pendant et c’est la mort annoncée. Après, c’est l’après à imaginer, à construire.



Après, mais quel après ?



Çà et là, des fumerolles tamisent les guenilles encore rouges de la Camarde, mal étouffées par la fonte des glaciers, de la banquise, par la montée inexorable des flots océaniques.



« Profitons de cette pandémie pour revoir le système, pour créer un nouvel environnement respectueux de la Nature. Redonnons sa vraie place à l’homme : un être parmi les autres êtres, les êtres minéraux, les êtres végétaux, les êtres animaux ; surtout pas un maître, mais un être parmi les autres êtres, avec les autres êtres. Et, pour ce faire, il nous faut corriger le système économique et social de l’humanité. Yes we can ! »

L’exécution du chœur était parfaite, les attaques franches et bien synchronisées. Au détour de quelques arias, le Compositeur avait glissé des altérations, dissonances rapidement résolues dans l’apothéose d’un hymne à la Joie enfin retrouvée.



« Ah non ! Rien ne changera ! » entonna le deuxième chœur dans un fracas de cuivres, de roulements de timbales, de percussion de cymbales. « La vie recommencera comme autrefois, l’homme restera l’homme, à jamais ! Il est le maître de l’univers, il lui faut se nourrir, il lui faut suivre la marche incessante vers toujours plus de progrès, seul horizon sensé ! », tandis que certains s'égosillaient à tue-tête : « l'homme ne peut changer, il sera toujours violent, pervers, possessif, autoritaire, égoïste. »

L’énergie de ce chœur vastait tout sur son passage. Les dissonances étaient fréquentes, mais toujours canalisées par la baguette inflexible, impénétrable, du Chef.



Une oreille attentive aurait pu percevoir le murmure confus et sourd d’un troisième chœur — aurait pu !

La quête, muette et obsessionnelle, de l’amour. Le cri silencieux de l’amour avant la mort, la coupe d’or du roi de Thulé engloutie par la violence d’un chefaillon écrasant de son genou la gorge gracile de ce chœur d’esclaves.



Alors, et après ?



L’amour s’en est allée ...



L’amour s’en est allée

à petits pas

L’amour est morte

à petites doses



la vie bruisse de rumeurs assassines

dans les blés couchés

par la chaleur jaune et sèche

l’eau est sèche

l’autan a séché l’amour

une bière

l’amour

une poignée de terre

sèche



la lumière blanchit

et les traits se tirent

la jeunesse meurt

dans les blés couchés

par la chaleur jaune et sèche

une source

la fraîcheur

une poignée de regards



c’est l’eau qui ruisselle sur le corps

c’est le corps qui explose

qui brûle au passage de l’eau de vie

c’est la jeunesse qui éclate

gourmande et généreuse

tendre et impérieuse

inconsciente et vaniteuse

 

un orage

qui balbutie

qui bougonne

qui gronde

qui s’abat

qui détruit tout

Il fait froid

Les notes du piano

une à une

tombentsur le sol métallique



Le concert est terminé



On replie les partitions

sous les applaudissements

de la foule indifférente



Le rêve s’évade

vers la chaleur jaune et sèche

des blés couchés



La moisson est depuis longtemps finie



Il ne reste plus qu’à glaner

il est tard

adieu…



 



Et alors ?







Un murmure de cendres





Un goût de cendres flotte sur l’azur infini

d’une mer immobile



Étrange tristesse, profonde et grave,

bourdon teintant de sa couleur fondamentale

une vie baroque

les mille couleurs d’un milieu d’automne



Tristesse profonde et grave qui sourd du plus profond

de l’être

irradiant une paix extatique



Paix extatique immergeant le cœur d’une jouissance

éthérée

murmure lent et douloureux du dernier silence



 

 

Ou alors ?



 

Renaître





Le soleil éclate

d’un long rire

joyeux, lumineux

éternel



Le paysage chante

une chatoyante symphonie

de couleurs

tendres et passionnées



Et l’homme

riche, heureux,

oublie ...



La lune murmure

son triste sourire

pâle, craintif,

figé



La nature pleure

un terne paysage

sans relief

sans vie



Et l’homme

pauvre, abattu,

se souvient ...



Timide

il aperçoit alors

le scintillant reflet

d’une mystérieuse espérance

étoile polaire



Apaisé

il écoute alors

la douce mélodie

d’un mystérieux amour

astre solaire



Craintif

il respire alors

le parfum pénétrant

d’une mystérieuse foi

source claire







Avons-nous le choix ?

Je pense que oui, au moins par amour des générations à venir !

L'espoir demeure grâce à Rosa Parks et Martin Luther King, Gandhi et Mère Thérésa, Soeur Emmanuelle et l'Abbé Pierre, Nelson Mandela et Albert Schweitzer...

L'espoir demeure après l'inculpation pour meurtre des tortionnaires Dereck Chauvin et ses trois acolytes, grâce aux manifestations du peuple américain et du peuple du monde.

La haine et l'exclusion seront toujours au rendez-vous, il appartient à chacun d'édifier sa propre résistance et de participer à la construction d'une résistance collective.





Michel de la Tharonne

8 juin 2020



Les poèmes cités sont de l’auteur : « le Destin » d’avril 1975, « L’amour s’en est allée » de juillet 1986, « Un murmure de cendres » de décembre 1975 et « Renaître » d’octobre 1974


08/06/2020
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Un texte magnifique de Marguerite Yourcenar écrit en 1981, il y a bientôt 40 ans !

 

Les bons côtés d'une sérendipité (légèrement contrôlée ) : ce magnifique texte de Marguerite Yourcenar... écrit en 1981 ! Et, malgré cela, la mauvaise machine humaine s'est emballée et promet de reprendre les mêmes rails au sortir de ce confinement ! A lire de toute urgence !

 

Puis regarder la rediffusion de "La Grande Librairie" du 20 mai 2020 : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-12/1503121-et-apres.html

 

Et apprendre à en tirer les leçons individuelles et collectives


21/05/2020
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Éternel retour ?

Un croissant de lune

 

 

 

Un croissant de lune

découpé sur un ciel

tout noir

c’est une virgule



 

Le néant virgule la vie virgule la mort virgule

et après

plus de virgule mais des petits points



 

La virgule c’est entre

avant       et       après

 

une cascade

l’eau qui s’écoule

la vie qui roule

un homme dans la foule

le temps virgule

la virgule-temps



 

Les populations du Cambodge virgule

le réveil de l’Islam virgule

la météo ne sera pas favorable virgule

le chômage stagne virgule

la grève des contrôleurs aériens virgule

la crise du pétrole virgule

la faim dans le monde virgule



 

Et on oublie la lune

sauf la lune

que promettent tous les politiciens



 

Le chaos avant-pendant-après

le chaos point de virgule



 

Toi virgule moi

cela fait toi et moi et virgule

trois petits points virgule



 

Un amour de virgule

sous un croissant de lune





 


Michel de la Tharonne

23 novembre 1979


11/05/2020
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L'exaltant murmure de la tendresse

 

 

Je veux te le dire ...

 

 

 

 

Je veux te le dire

je veux te le murmurer

je veux te le crier



Je te chanterai

je chanterai toi et moi

je chanterai nous deux



Je te le caresserai

tout doucement

avec un infini de tendresse



Je te le grifferai

rageusement

avec un infini de passion



Je célèbrerai

tes yeux

et ton regard

ton visage

et ton corps

 

 

Je crierai au monde entier

que tu es Femme

que tu es la Femme

que je te fais Femme

et

que tu me fais homme



J’inonderai ton corps

de toute ma musique

pure et douce

 

une harpe qui ruisselle ses milliers de gouttes d’or

 

ton corps de fleurs pourpres

ton corps de passion

ton corps beau et clair

ton corps sur lequel mes doigts

balbutient des myriades de tendresses

ton corps qui s’offre

et qui se tord

ton corps qui crie

et qui chante



ton corps qui s’épanouit

et qui découvre

avec un tout de timidité

avec un tout de joie douce et profonde

avec un tout de certitude



ton corps qui s’épanouit

et qui découvre

la Femme





La Femme

transfigurée

La Femme

qui rayonne dans son corps d’Enfant

dans son corps d’Epouse

dans son corps de Mère

La Femme

qui fait d’un homme

un Homme





Je veux te le dire

je veux te le murmurer

je veux te le crier

 

Je trouverai les mots

pour le dire, le murmurer, le crier.



 

 




Michel de la Tharonne

Octobre 1987


03/05/2020
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