Le calame des lutins, des elfes et des fées

Le calame des lutins, des elfes et des fées

Eternelle...

...

 

Sa femme était morte le 14 février 1894 en mettant au monde leur seule et unique enfant, Louizètt.

 

Antouènn le berger, veuf, avait peu à peu transféré à Dame Nature tout l’amour qu’il éprouvait pour son épouse.

 

C’était pour lui une sorte d’hommage qu’il lui rendait, qu’il rendait à la source de vie, à la création, au mystère insondable de cette vie qui jaillit partout et à tout instant dans la nature. Pas à pas devenu un homme de la nature dans la nature, jusqu’à y vivre toute la sensualité qu’il savait y découvrir.

 

C’est ainsi qu’il connut la parole des arbres, la musique des cours d’eau, des fontaines, des sources, la comptine des fleurs, le babil des petits animaux.

 

C’est ainsi qu’il connut l’énergie considérable des grands chênes, des sources mystérieuses, des plantes médicinales.

 

C’est ainsi qu’il comprit, bien avant tout le monde, que la nature est un être total, généreux, complexe, toujours occupé à maintenir en équilibre tous ses milliards d’enfants, ça et là posés sur le grand cercle de ses bras, à les maintenir dans son tout, dans son Être.

 

Il avait une lecture quasi religieuse — non, mystique plutôt que religieuse — de la Nature.

 

...

 

Et plus tard, alors que sa chevelure se teintait des couleurs du soir, Antouènn avait patiemment initié Gouéno, son petit-fils-fils, aux arcanes de la nature, à une intime communion avec la Nature.

 

Il lui avait enseigné le soleil et la pluie, il lui avait montré comment percevoir les prodromes d’un changement du temps ; il lui avait appris à repérer les mares et autres retenues d’eau, si importantes pour le troupeau, les ruisseaux, les sources ; il l’avait sensibilisé au mystère de l’eau, à ses chants, ses jaillissements, ses miroirs, ses colères.

 

Ensemble, ils s’étaient exercés à écouter le ramage des oiseaux, à les identifier et à les imiter ; ils avaient observé, ensemble, les prédateurs et toute la faune, les arbres, les arbrisseaux, les baies sauvages, les herbes médicinales, les fleurs, les racines comestibles, les champignons.

 

Au pied du vénérable chêne, vibrant de toute l’énergie puisée dans la terre nourricière, Antouènn n’avait pas hésité à personnifier la Nature : une Femme bien sûr, belle et secrète, délicate et autoritaire, tout à la fois Mère, Amante et Fille.

 

 

La Mère qui conçoit sans cesse,

qui met au Monde,

qui nourrit à la douce chaleur de son sein,

qui parfois furieusement fustige…

tendre et multiple et rémanente énergie.

 

L’Amante, fille d’Ève,

à l’aurore dévoilant lentement,

lascivement, tous ses charmes,

ardente étoile à l’apogée de la vie,

fraîcheur pure d’une vesprée apaisée…

abyssale et sensuelle et divine énergie.

 

La Fille,

gaie,

insouciante,

primesautière,

capricieuse,

fragile,

infatigable,

rebelle,

à protéger contre les appétits inconséquents de l’être humain…

vigoureuse et délicate énergie de l’éternité.

 

 

Des infinis de femmes matrices de la Femme

matrices de la Nature.

 

...

 

 

 

Michel de la Tharonne

extraits tirés du 1er volume de Bérécyntia : "Des chemins de traverse"

31 mars 2020



31/03/2020
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